Compte rendu de lecture : Boussole de Mathias Enard

9782330053123Quel style, quelle puissance, quelle érudition, quel souffle. La nuit insomniaque d’un musicologue orientaliste qui, de souvenir en souvenir, chacun en appelant un autre, dans une résonnance où l’orient retrouve son passé revisité par l’occident, une atmosphère de fin de civilisation où la maladie du héros fait écho à la barbarie de Daesh, voyage au plus fort d’un amour jamais consommé, mais d’autant plus présent, accompagné de personnages que seules les nuits passées dans le désert peuvent exacerber, nous enchante, chaque phrase devant être savourée sans modération, dégustée, décortiquée pour en extraire tout le suc, toute l’âme qui se glisse dans la suivante, toujours renouvelée, jamais identique, chevauchée linguistique fantastique dont nous, cavalier maladroit, ne pouvons qu’accompagner, en se cramponnant à une selle qui va trop vite, trop loin, pour notre banalité.

L’écriture de Mathias Énard, quelque chose entre Proust et Soljenitsyne, transforme la littérature moderne en une platitude assourdissante.