Premier prix forme fixe 2105 du Groupe Poétique du Roussillon

Une Lune Moqueuse  (Gérardine)

Une lune moqueuse au croissant déluré
M’a donné rendez-vous d’un sourire complice
Dans le creux de ton ventre en velours mordoré.
Ici s’épanouit le céleste délice,
Ce divin paysage au dôme inexploré

Je désire ardemment ton caressant supplice,
Pierrot crépusculaire à l’excessive ardeur,
Un nuage coquin cache le cher calice
Qui recueille aussitôt ma robuste raideur.

Le subit abandon de l’astre bucolique
Excite notre trouble et toute la tiédeur
D’un râle entretenu par une âme angélique.

Puisse l’amour encor devenir éthéré
Dans un flot de plaisir au rythme diabolique,

Sous la lune moqueuse au croissant déluré

Les Rosati, prix anacréontique

L’amour du vin

Je respire le sous-bois et l’humidité des feuilles,
La brume alcoolisée m’enivre doucement.
Je suis le verre, un reflet de bougie,
Le grenat d’un Merlot que nous partageons ensemble.
Un clair-obscur Syrah éclaire ton visage,
Je sens que tu me devines d’un fumet de cassis,
De la pierre à fusil illumine tes yeux,
Je suis ton Chardonnay mordoré de désir.
Mon sourire te caresse et le nectar me transperce,
Un frisson d’amour nous relie tous les deux,
Je suis le vin que tu bois sur mes lèvres trempées,
À la cuisse amollie et la rondeur divine.
Rosée d’un matin sur un cristal diaphane,
Ton palais devine mon impatience,
Mon premier bouquet a le goût du printemps.
Je suis long dans ta bouche,
Tu m’allonges sur ta couche,
Le vin décuple mes ardents baisers,
L’odeur de la paille avive nos émois.
Je suis en toi et tu t’enroules,
Liane amoureuse d’un céleste transport,
Nos sens explosent d’un champagne rosé,
Et ses bulles nous inondent d’une extase aérienne.
La bouteille est vide et nos corps sont repus,
La douce ivresse se repose alanguie
Et je rejoins ma vigne toujours recommencée.

Quand le vin est tiré, il faut toujours le boire.

Lauréat du grand prix du groupe poétique du Roussillon (poésie libérée)

Folie

Une ombre blanche plane sur mon âme,
Soleil obscur de mes pensées perverses,
Brouillard confus d’une logique floue.
Suis-je un fantôme évanescent,
Le spectre désarticulé d’une triste pantomime,
Une morve qui coule au coin de ma bouche,
L’écume mousseuse d’un rictus intérieur ?
Ma chair disloquée frissonne de tous ses pores,
Je sue toute la rancœur de mes tourments humides,
Je bave mon espérance toujours condamnée,
Je bois ton amertume inassouvie,
Je te rêve en mes rêves lubriques,
Je te mange le cœur qui saigne d’un souvenir écarlate,
Je tue le Dieu qui t’habite,
J’assassine tes espoirs oubliés.
Je suis le mur de ma cellule et la camisole qui m’oppresse,
La prison de mes pensées à jamais égarées,
La pierre inassouvie d’un Sisyphe désespéré.
Je ne suis plus que bave,
Je ne suis plus que rage,
Je ne suis plus qu’un tremblement effrayant,
Je ne suis plus qu’un esclave en sursis,
Je ne suis plus que le squelette de mes angoisses.

Y-a-t-il des fous au paradis ?

Lauréat du grand prix du groupe poétique du Roussillon (classique)

Nuit libertine

Une lune éclaircit une nuit libertine
Aux reflets argentins d’un Pierrot somnolent,
Clair-obscur de mon âme et rythme turbulent
Du profond de ta vague à la ferveur mutine.

Ton corps est amoureux dans le nu de l’été,
Il brille au crépuscule en une étoile humide,
Les larmes de désir à la candeur timide
Inondent mon émoi de leur ébriété.

Un sourire charmeur embrase ton visage,
Ensemble pour toujours nous resterons couchés
Sous le ciel magenta de nos tendres péchés,
Attendant le signal d’un céleste présage.

Lauréat du grand prix du groupe poétique du Roussillon (sonnet)

Il n’est rien en mon âme

Il n’est rien en mon âme aussi triste soit-elle
Pour n’oublier jamais le tendre souvenir
De ce passé divin lorsque son avenir
N’était qu’une espérance à l’allure immortelle.

Illusion perdue, amère bagatelle,
Vous habitez ma vie en pâle devenir,
Je ne suis qu’un vieillard qui voudrait rajeunir,
Une démangeaison prise par la grattelle.

Qu’as-tu fait du talent que les Dieux t’ont donné,
Du soleil sur la plage un jour abandonné
Dans le fâcheux brouillard de ton insuffisance.

Il me reste les vers d’un pauvre mirliton,
Quelques rares quatrains faits par un marmiton
Qui cuisine un poème en retrouvant l’enfance.

Premier prix du sonnet à Lamalou-les-bains

Hommage aux poètes disparus 

J’ai vu le soleil noir de Gérard de Nerval
Se perdre dans l’obscur de sa mélancolie.
Le poète a souvent un germe de folie
Qui donne à sa palette un air de carnaval.

Les pieds dans les glaïeuls, notre dormeur du val
Imagine sa belle, elle était si jolie,
Avant de disparaître et rejoindre la lie,
Tué par son orgueil comme un dernier rival.

Sa voix douce et sonore en écho chez Verlaine
Résonne dans ses vers et sur la grande plaine,
Où sa lèvre se pose en délicate fleur.

La Nature est un temple où Baudelaire admire
Les parfums exaltés de la fraîche couleur
D’un matin de bohème où mon sonnet se mire.