Mon recueil « Amère nostalgie » Prix Léon Dierx de la Société des Poètes Français

Un des sonnets primés :

Euthanasie

J’ai trop aimé la peur parmi tous les tourments
Qui forgèrent mon âme avec sa solitude,
Le goût de cette mort dont j’ai pris l’habitude
Est venu parfumer mes chers ressentiments.

Dans le lit le plus chaud de mes tendres amants
Je n’ai connu qu’un peu de cette plénitude
Que Thanatos me donne, âpre sollicitude,
Lorsqu’il répand sur moi ses enflammés serments.

Le moment attendu doucement se profile,
La clepsydre se vide en cet instant gracile
Où mon tout dernier souffle embrasse l’au-delà.

Le poison se propage en une onde asthénique,
Paisible ataraxie et torpeur antalgique,
Je m’abandonne enfin dans un doux nirvana.

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Premier prix forme fixe 2105 du Groupe Poétique du Roussillon

Une Lune Moqueuse  (Gérardine)

Une lune moqueuse au croissant déluré
M’a donné rendez-vous d’un sourire complice
Dans le creux de ton ventre en velours mordoré.
Ici s’épanouit le céleste délice,
Ce divin paysage au dôme inexploré

Je désire ardemment ton caressant supplice,
Pierrot crépusculaire à l’excessive ardeur,
Un nuage coquin cache le cher calice
Qui recueille aussitôt ma robuste raideur.

Le subit abandon de l’astre bucolique
Excite notre trouble et toute la tiédeur
D’un râle entretenu par une âme angélique.

Puisse l’amour encor devenir éthéré
Dans un flot de plaisir au rythme diabolique,

Sous la lune moqueuse au croissant déluré

Les Rosati, prix anacréontique

L’amour du vin

Je respire le sous-bois et l’humidité des feuilles,
La brume alcoolisée m’enivre doucement.
Je suis le verre, un reflet de bougie,
Le grenat d’un Merlot que nous partageons ensemble.
Un clair-obscur Syrah éclaire ton visage,
Je sens que tu me devines d’un fumet de cassis,
De la pierre à fusil illumine tes yeux,
Je suis ton Chardonnay mordoré de désir.
Mon sourire te caresse et le nectar me transperce,
Un frisson d’amour nous relie tous les deux,
Je suis le vin que tu bois sur mes lèvres trempées,
À la cuisse amollie et la rondeur divine.
Rosée d’un matin sur un cristal diaphane,
Ton palais devine mon impatience,
Mon premier bouquet a le goût du printemps.
Je suis long dans ta bouche,
Tu m’allonges sur ta couche,
Le vin décuple mes ardents baisers,
L’odeur de la paille avive nos émois.
Je suis en toi et tu t’enroules,
Liane amoureuse d’un céleste transport,
Nos sens explosent d’un champagne rosé,
Et ses bulles nous inondent d’une extase aérienne.
La bouteille est vide et nos corps sont repus,
La douce ivresse se repose alanguie
Et je rejoins ma vigne toujours recommencée.

Quand le vin est tiré, il faut toujours le boire.

Lauréat du grand prix du groupe poétique du Roussillon (poésie libérée)

Folie

Une ombre blanche plane sur mon âme,
Soleil obscur de mes pensées perverses,
Brouillard confus d’une logique floue.
Suis-je un fantôme évanescent,
Le spectre désarticulé d’une triste pantomime,
Une morve qui coule au coin de ma bouche,
L’écume mousseuse d’un rictus intérieur ?
Ma chair disloquée frissonne de tous ses pores,
Je sue toute la rancœur de mes tourments humides,
Je bave mon espérance toujours condamnée,
Je bois ton amertume inassouvie,
Je te rêve en mes rêves lubriques,
Je te mange le cœur qui saigne d’un souvenir écarlate,
Je tue le Dieu qui t’habite,
J’assassine tes espoirs oubliés.
Je suis le mur de ma cellule et la camisole qui m’oppresse,
La prison de mes pensées à jamais égarées,
La pierre inassouvie d’un Sisyphe désespéré.
Je ne suis plus que bave,
Je ne suis plus que rage,
Je ne suis plus qu’un tremblement effrayant,
Je ne suis plus qu’un esclave en sursis,
Je ne suis plus que le squelette de mes angoisses.

Y-a-t-il des fous au paradis ?